MAT

 

J’avais passé la journée à ne rien faire, un peu ici un peu là, je commençais à en voir assez, il fallait que je trouve réellement quelques choses à faire. J’ai remué mes dernières idées claires mais tout ce que j’ai pu en sortir c’est comment trouver le moyen de l’appeler, mais quel besoin avais-je de lui parler surtout pourquoi lui dire. Qu’importe, il me fallait entendre le son de sa voix, j’ai d’abord chercher dans l’annuaire si je trouvais son numéro de téléphone, je savais qu’il n’était pas dans mon agenda. Où habitait-elle déjà ? Pourquoi les gens qu’on aime vont toujours habiter dans des petits villages aux noms impossibles ? Il me semblait que le nom de son village commençait par un B mais en étais-je sure, pas réellement. Les noms de villes défilaient mais aucun ne provoquait en moi le déclic. Il ne me restait plus qu’une solution les fameux renseignements de France Télécom, je n’ai jamais eu de Minitel même si tout le monde me dit que, vraiment, c’est très pratique, même si ça coûte un peu chère à utiliser tout les jours, de toute façon moi je trouve que l’objet n’est pas beau alors il est hors de question que j’en ai un chez moi.

Je composais donc le 12 : "Magali Restina, à votre service, bonjour !" Je trouvais cette Magali pleine d’énergie, pour quelqu’un qui doit répéter cette phrase au moins cent fois par jour si ce n’est pas plus. Vraiment, travailler aux renseignements cela ne doit pas être facile tout les jours, surtout quand des détraqués vous appellent, mais bon.

"Bonjour mademoiselle, lui dis-je bien qu’il fut onze heures du soir & que je ne sois pas sure qu’elle ne soit pas mariée, excusez-moi de vous déranger, je cherche le numéro de mademoiselle Margot Bergeau qui habite dans le Jura"

- Quelle localité s’il vous plaît ? Ma relation avec Magali commençait mal, on se connaissait à peine & déjà elle me posait des questions auxquelles je n’avais pas de réponse. Je bredouillais : " Je ne sais pas dans le Jura, vous devriez trouvez le département n’est pas très grand"

- Bon, je vais essayer mais cela me semble difficile, je ne vous promets rien, pouvez vous m’épeler le nom de famille s’il vous plaît ?

- Bergeau B-e-r-g-e-a-u & c’est Margot le prénom " Un silence s’installa sans doute le temps de la recherche, je croisais les doigts pour que Magali me trouve Margot.

"Je suis désolée, je n’ai rien à ce prénom pour le Jura mais par contre j’ai pour d’autre prénom " Bien sure que le téléphone n’était pas à son nom mais à celui de son père ne connaissant ni son prénom, ni où il habitait, je m’excusais une fois de plus auprès de Magali de l’avoir déranger puis raccrochais poliment.

Mon envie de lui parler ou au moins d’entendre sa voix se faisait de plus en plus pressante. Magali, malgré sa jolie voix, ne me l’avait pas fait oublier, mais comment faire pour l’entendre. Je ne connaissais personne qu’elle connaissait, pas d’amis communs, pas d’ami tout court. Où pouvait-elle bien être cette Margot ? Soudain cette envie de lui parler ou du moins d’entendre sa voix m’inquiéta. Elle n’avait rien fait pour provoquer en moi cet émoi, je la connaissais à peine.

Je l’avais rencontrée quelques semaines au part avant, je ne savais par grand chose d’elle. Je l’avais rencontrée chez un type faisait une fête pour enterrer sa vie de garçon ou pour son départ en retraite, je ne sais plus exactement. Je n’avais rien à faire de mieux ce soir là & surtout pas envie de rester seul à la maison alors même si ce genre de soirée m’écoeure, je m’étais dit que ça ne pouvait pas plus être déprimant qu’une soirée seul dans un bar à boire des bières jusqu’à plus soif. J’étais donc dans cette soirée depuis quelques heures, je commençais à me faire chier ferme, même si j’avais bien sympathisé avec le barman, ce qui est normal puisque je n’avais pas encore réussi à me décoller du bar depuis que j’étais arrivé, il faut dire que le whisky qu’il servait était d’une rare qualité. Puis au bout d’une demi-heure de tergiversations avec moi-même, je me décidais à faire tout de même le tour de la salle pour voir quel genre de personnes pouvait bien venir dans ce genre de soirée & pour éventuellement saluer les personnes que je reconnaîtrais. Je fis donc mon tour, en regardant curieux tous ces braves gens que je ne connaissais pas, je me suis d’ailleurs demandé un instant si je ne m’étais pas trompé de soirée, car aucun, mais alors aucun visage ne m’étais familier pourtant en général je suis physionomiste. Comme vraiment aucune personne ne m’inspirait, je décidai de partir, enfin juste après être aller au bar chercher un dernier whisky pour en avoir encore le goût dans la bouche sur le chemin du retour. En me dirigeant vers le bar je m’aperçut que la place, que j’occupais depuis le début de la soirée, était squattée par une jeune fille. Je ne rêvais pas, elle avait pris ma place, certes elle était jolie mais pas assez pour ce permettre de prendre ma place, celle que j’avais mise tant de temps à choisir, celle qui était bien dans l’ombre mais tout de même bien en vue du barman. Vraiment cette fille, elle ne manquait pas d’air. C’est comme ça que j’ai vu Margot pour la première fois. Je m’installas à côté de la jolie squatteuse, c’est elle qui m’adressa la parole en premier, ça tombait bien j’ai toujours été incapable d’entamer une conversation avec un(e) inconnu(e).

"Excusez-moi, vous auriez l’heure s’il vous plaît " Dans le genre entrée en matière bateau celle-ci était le summum. Mais comme je n’ai jamais été très fier je lui donnais. Bon après je vous passe les détails on a parlé de tout & de rien. Ce n’était pas d’un très grand intérêt, mais cela m’a permis de savoir quelques trucs, qu’elle s’appelait Margot Bergeau, qu’elle habitait dans un petit village d’un Jura dont j’ai oublier le nom même si je crois qu’il commence par un B mais ça reste à confirmer. Elle faisait des études d’histoire de l’art dans je ne sais plus quelle faculté. Moi je lui dis les mêmes choses, comment je m’appelle, d’où je viens, qu’est ce que je fais… Bref un curriculum vitae vite fait, presque complet mais sans le numéro de téléphone.

Pourquoi ai-je oublié de lui demander son numéro de téléphone ? Cela m’aurait évité de tourner en rond entre la cuisine, le bureau, la terrasse. Même pour ne rien dire, j’aurais pu lui parler. Il fallait vraiment que je fasse quelque chose pour la retrouver, d’abord me préparer un thé, je réfléchis toujours mieux avec un thé devant moi. Mais ce soir là, tous les thés du monde ne m’auraient pas aidé, j’étais à court d’idée. Après avoir tourner longuement la cuillère dans la tasse, je décidais de rappeler Magali, je posais ma tasse, pris le téléphone & refis le 12.

"Christophe Durgoin, à votre service, bonjour ! 

- Excusez-moi de vous déranger monsieur, pourrais-je parler à Magali s’il vous plaît ?

- Pardon ?

- Oui, j’ai appelé tout à l’heure, je suis tombé sur Magali & j’aurais besoin d’un conseil. Pouvez vous me la passer s’il vous plaît ?

- Je suis désolé mais je ne peut pas vous passer qui que se soit, en plus il n’y a pas de Magali ici, au revoir ! ". Il raccrocha & une voix féminine me dit : " Merci de votre appel, il vous sera facturé 3 francs 70, merci de votre appel, il vous sera facturé...". Non seulement je n’avais pas pu parler à Magali mais en plus il me faisait payer mon désarroi. Vraiment, je n’ai jamais eu de chance avec les filles, en plus avec elles tout se paye. La soirée était très mal partie, Margot était impossible à joindre puisque je ne savais pas son numéro de téléphone & Magali, fille que je venais à peine de rencontrer & qui aurait pu m’aider, refusait déjà de m’adresser la parole ou peut être que ce Christophe ne voulait pas me la passer, je ne supporte pas les jaloux, ce sont toujours des paranoïaques, je voulais simplement lui parler à Magali pas la demander en mariage, mais ça un jaloux comme lui ne peut pas le comprendre. Ce n’est qu’un égoïste qui ne veut pas partager les conseils de Magali, à partir de ce jour je décidais de détester tout les Christophe.

Que me restait-il à faire pour ne pas sombrer dans l’angoisse & la dépression ? Pas grand chose en fait. Pour m’occuper les yeux, J’allumais la télévision, rien, que des programmes dont la qualité me rappela pourquoi je ne regardais jamais la télévision. Pour m’occuper les oreilles, J’allumais la radio, faisait le tour des fréquences qui habituellement me plaisent, rien non plus. Pour m’occuper les mains & l’esprit je voulus prendre un livre, mais aucun de mes livres ne m’inspirait. Je n’avais plus beaucoup de solution, aller me coucher ou me refaire un thé, c’est impressionnant la consommation que je peux avoir de thé. Dés que je ne sais pas quoi faire je me fais un thé, j’en ai à tout les parfums, de toutes les couleurs, de toutes les saveurs, de toutes les origines. Donc je me refis un thé, je regardais passionné la bouilloire contenant l’eau qui chauffe. Soudain le téléphone sonna, je devrais dire bipa puisque ce n’est pas une sonnerie genre "dring, dring" mais plus un truc comme " tulugulu, tulugulu". Je fermai le gaz, éteignis la télévision & la radio puis décrochais le téléphone.

Allô ! C’est Margot, ça va ? " Ce n’était pas possible d’habitude je n’ai jamais eu de chance avec les filles, si maintenant c’est elle qui m’appelle c’est le monde à l’envers. Je me disais que ce coup de fil cachait quelque chose.

Mais comment as tu eu mon numéro de téléphone ?

- J’ai appelé les renseignements tout simplement Intérieurement, je remerciais Magali, finalement elle m’avait aidé à la retrouvé ma Margot. "Je ne te dérange pas j’espère" Ça pour ne pas me déranger, elle ne me dérangeait pas, au point où j’en étais j’avais plutôt peur que ce soit moi qui la dérange. "Je t’appelle pour savoir ce que tu fais ce soir, vu que je suis toute seule. Je m’étais dit que l’on pourrait aller boire un verre ensemble"

- Pourquoi pas ! " Quel menteur je fais, je pensant en fait : " Mais bien sure, où tu veux, quand tu veux. " Sans me laisser le temps de respirer elle me dit : " - D’accord, si tu veux, on peut se retrouver dans une vingtaine de minute à la terrasse du bar de l’hôtel de ville, ça te va, tu vois où il est ?

- Euh oui ! 

- Bon, alors à toute suite ! Salut ! " Quelle fille, moi qui n’ai jamais aimé faire les premiers pas j’étais comblé, elle prenait toutes les initiatives, notre premier contact & maintenant notre premier rendez-vous, presque officiel. J’étais déstabilisé

Bon il me restait trois minutes pour me rendre présentable et dieu sait qu’il avait du travail. Depuis un certain temps je me laisse aller, en fait, je me laisse toujours aller, pas souvent raser de prés, habiller comme un sac avec des fringues d’une propreté parfois douteuse, un look de célibataire qui s’en fout de son célibat en somme. Après il ne faut pas que je m’étonne que je sois si souvent seul je ressemble à un ours qui ne sort jamais de sa grotte. En trois minutes, j’ai juste eu le temps de prendre une petite douche, d’enfiler les dernières affaires propres qu’ils restaient dans mon armoire, il aurait fallu que j’aille voir ma mère pour qu’elle me fasse une machine, car je n’avais toujours pas de machine à laver, pas plus que de réfrigérateur, mais ça c’est moins grave vu que je ne buvais que du thé & que je ne mangeais jamais chez moi. En plus je suis sure que cela lui aurait fait plaisir à ma mère de me voir, elle n’arrêtait pas de me le répéter, quand elle m’appelait, qu’elle ne me voyait plus. Et puis après tout, elle n’avait qu’à venir si elle voulait me voir, là où j’habite, il y a une gare.

Je me sentais tout de même un peu fébrile, pas trop bien dans mon assiette, je sentais mon estomac se nouer, mes doigts trembler. Ça commençait bien, je n’osais même pas imaginer comment cela allait être quand je serai sorti de chez moi & quand je l’aurais en face de moi. Je m’imaginais déjà bredouiller au lieu de parler, balbutiant des propos ineptes. Je pris mon courage à deux mains, mes clefs, mon portefeuille, jeta un rapide coup d’oeil dans le miroir de l’entrée pour voir si je ne faisais pas trop peur. Ça allait, de toute façon je pensais qu’il ne servait à rien de s’affoler, lorsqu’elle m’avait vu pour la première fois j’étais dans un état pitoyable & tout le whisky que j’avais bu n’avait rien arrangé. Alors que là j’étais fraîchement douché, avec des habits propres & je n’avais rien bu, à part du thé bien sur. Il fallait y aller maintenant si je ne voulais pas être en retard, & arriver en retard pour un premier rendez-vous n’est pas le meilleur moyen d’assurer pour la suite, surtout si la personne avec laquelle on a rendez-vous ne supporte pas les gens en retard. C’est pour ça que souvent je préfère arriver en avance quitte à ce soit moi qui attende, mais cela m’est égal d’attendre, j’ai l’habitude de rester seul à ne rien faire.

Il était temps de partir, je descendis les escaliers qui mènent jusqu’à la rue d’une seule traite. Je trouvais qu’il faisait chaud, c’était normal c’était l’été, le ciel était plein d’étoiles, il était particulièrement clair grâce à la lune qui était pleine ce soir là. La rue était peuplée de ces habitants nocturnes habituels : les amoureux qui profitent de l’obscurité pour s’embrasser sous les porches, les bandes de jeunes qui vont de bars en bars ou de fêtes en fêtes, histoire de boire et de s’amuser toute la nuit & les gens qui, comme moi, marchent seuls. On ne sait jamais bien où ils vont mais le savent-ils eux même. Moi souvent je me promène la nuit dans les rues, sans itinéraire précis, sans objectifs à atteindre, simplement, pour prendre l’air, me dégourdir les jambes ou pour voir du monde quand ma solitude me pèse. J’aime bien le faire quelle que soit la saison qu’il fasse froid ou chaud, qu’il pleuve ou non, je suis indifférent aux éléments, seul compte se voit mes yeux & se que touche mes pieds. Ce soir là, j’avais l’impression que mes pieds ne touchaient plus le sol je me sentais léger, comme sur coussin d’air.

Dans ma tête j’entendais le bruit de mon coeur qui tambourinait "boom,boom,boom,boom" en plus j’avais adopté un pas relativement rapide pour moi, par peur d’être en retard, et comme je ne suis pas très sportif je commençait à m’essouffler. Cela me faisait sourire, je pensais : " C’est tout les filles ça, ça vous fait courir, ça vous fait battre le coeur, ça vous essouffle et puis après ça vous quitte sans que vous ayez eu le temps de reprendre votre souffle ". Pour m’éviter ce genre de désagrément, je décidais de ralentir le pas et de bien respirer durant tout le moment, que j’espérais long, où je serais avec Margot. Je commençais à voir au loin l’enseigne lumineuse du bar de l’hôtel de ville, je distinguais maintenant les tables et les chaises de la terrasse, visiblement il y avait du monde, je vis Margot seule à une table & je me demandais comment cela allait bien pouvoir se passer ? Comment cela allait bien pouvoir se terminer ?

J’arrivais devant elle, elle se leva pour m’embrasser, elle sentait la vanille, dans ces mains une cigarette, Marlboro lights me semblait-il, sur la table un briquet, un cendrier & un verre à bière à moitié vide, je n’étais pas en retard mais elle devait déjà m’attendre depuis un moment. Je pris la chaise en face d’elle. Je lui demandai si elle n’avait pas une cigarette à m’offrir, non pas parce que j’avais envie de fumer mais simplement parce que je voulais savoir si je ne m’étais pas trompé sur la marque. Souvent on peut avoir des tas de renseignements grâce aux cigarettes que fume la personne qui est en face de soi. La marque donne des indices sur la situation financière, la manière d’allumer, de tenir, d’éteindre sa cigarette fournissent des présomptions quant à l’état psychique. Par exemple en regardant de manière dont elle tape sa cigarette on peut voir si la personne en face de soi est maniaque ou non. A la manière dont la cigarette est offerte renseigne également car pour certains c’est : "Oui, bien sur " pour d’autres c’est : "Tu me la rendras quand tu en auras "grâce à ce petit test relativement simple on sait tout de suite si on a à faire à quelqu’un de matérialiste ou non. Le problème est que ce test ne fonctionne qu’avec les fumeurs. C’est donc avec une certaine appréhension que j’attendais la phrase qui allait sortir de sa bouche lorsque qu’elle me tendrait la fameuse cigarette, enfin si elle m’en donnait une. Elle sortit son paquet de son sac, des Marlboro lights, j’avais vu juste. Elle me le tendit et dit : "Vas-y sert toi, tiens voilà du feu". J’étais aux anges, elle me proposait même du feu, je n’en demandais pas tant.

Le serveur approcha, il me demanda ce que je voulais boire. Je me sentais tellement noué que j’étais incapable d’avaler quoi que ce soit, à part peut-être un thé, mais bon dans un bar boire un thé vers minuit c’est un peu limite & de toute façon les serveurs refusent systématiquement alors maintenant je ne demande même plus. Finalement je pris comme Margot, un demi. Comme ça cela nous ferait au moins un point commun, la même boisson sur la table. Il fallait tout de même bien qu’un moment ou un autre nous parlions, nous ne pouvions tout de même pas passer notre temps à nous offrir mutuellement des cigarettes.

"Ça fait longtemps que tu attends ? 

- En fait, je t’ai appelé de la cabine d’ici ? Je suis là depuis environ onze heures "

C’est bizarre, c’est à la même heure, au même moment que j’avais eu envie d’entendre sa voix. Je m’interrogeais pour savoir si je devais le lui dire ou non. Non je ne lui dis rien, on va attendre avant de se mouiller & se serai avouer un certain attachement à sa petite personne. Et comme moi-même je ne savais pas si j’étais attaché ou non, comme toujours je préférais me taire. C’est d’ailleurs ce que je fis durant le reste de la soirée, car Margot ne cessait de parler que pour boire quelques gorgées de bières. Moi qui avais envie d’entendre sa voix j’étais servi. Je dois bien l’avouer, je me fessais un peu chier, son monologue ne m’intéressait guère, elle me parlait de trucs dont je me foutais royalement, quand elle ne parlait pas d’elle, les idées qu’elle émettait étaient des conneries monumentales, tellement énormes que je n’avais même pas envie de répliqué. Alors, pour passer le temps, je regardais les autres clients qui peuplaient la terrasse, je me fessais des commentaires quant à la façon dont ils étaient habillés, dont ils se tenaient assis. Je bougeais parfois la tête avec un air de dire "je comprends", je plaçais quelques mots de temps en temps des ‘bien sure’, des ‘oui’, des ‘non’. On recommanda à boire, une fois ou deux je ne sais plus. Je commençais à avoir froid. La terrasse commençait à se vider. Le serveur vint nous dire qu’il fallait finir nos verres puisque le bar allait fermer. Intérieurement je le remerciais de me libérer de ce calvaire. Je finis mon verre d’une seule traite, elle en fit de même. Je me levai en premier, elle me suivit. Nous nous retrouvions devant le bar, à quelques mètres seulement d’où nous étions installés.

"Bon, et bien, à bientôt ! " Lui dis-je.

Elle me sourit, elle me promit de me rappeler & me remercia de lui avoir passé une si bonne soirée. Je me demandais en quoi c’était grâce à moi qu’elle avait passé une bonne soirée, c’était uniquement grâce à elle. Elle m’embrassa et parti en trottinant. Je la regardais s’éloigner en me disant que tout de même elle était jolie. Ce n’est qu’une fois que je ne la vis plus que je partis à mon tour, sur le chemin du retour je me demandais de quoi elle avait bien pu parler ce soir, je n’en avais déjà plus aucun souvenir. Je me dis que j’aurais mieux fait de rentrer beaucoup plus tôt, au lieu de me geler à cette terrasse, surtout pour se résultat. En arrivant chez moi, je me fis un thé pour faire passer le froid de mon corps et le goût de la bière ma bouche. Installé dans mon fauteuil, en buvant mon thé, je me demandais pourquoi j’avais bien pu accrocher avec cette fille, l’autre soir, alors que visiblement je n’avais rien à lui dire. J’en arrivais à la conclusion qu’elle se trouvait simplement là, prête à combler mon manque d’affection chronique et surtout seul îlot où s’accrocher dans une soirée à pleurer. Dommage, je me serais bien vu avec une Margot, c’est un très joli prénom, ça ressemble un peu à Marguerite, en moins ridicule.

Je pris un papier et un crayon qui traînaient sur la table et notais quelques nouveaux adages  :

Premièrement : Les gens que l’on rencontre dans les soirées chiantes sont chiants.

Deuxièmement : Il faut que j’arrête de m’intéresser à des gens, notamment aux filles, qui finalement ne m’intéresse pas.

Troisièmement : Il faut que j’arrête de m’intéresser aux gens, notamment aux filles.

Quatrièmement : Je ne suis vraiment pas doué avec les filles.

Cinquièmement :Si toutefois je venais à rencontrer quelqu’un que je trouverai intéressant, notamment une fille,  je devrais me reporter immédiatement au Troisièmement & au Quatrièmement.

Sixièmement : pas de sixièmement. ”

Je pris le papier & le rangeais dans ma boîte à adages, c’est une boîte métallique, posé en permanence sur la table basse, où je mets régulièrement des bouts de papier où sont inscrits mes principaux principes. J’inscris des pensées, auxquels je veux me tenir, mais je ne m’y tiens jamais puisque souvent à peine sont-ils dans la boîte je les ai déjà oubliées. Je me dis que pour une fois, il serait bien que je tienne au moins un de mes engagements. Je n’arrive jamais, en générale à me tenir à se que je décide.

Je regardais l’heure il était déjà tard. L’heure d’aller se coucher était passé depuis longtemps, je commençais à sentir mes yeux se fermés tout seul. J’alla dans ma chambre, en passant devant le téléphone je souris en pensant à Magali, en voilà une au moins qui ne risquait plus de me décevoir, puisque son mec fessait barrage. Qu’il la garde sa Magali, de toute façon je n’aurais pas su quoi en faire, je ne sais jamais quoi faire, particulièrement avec les filles. Une fois déshabillé & dans mon lit je me dis que la soirée fut presque aussi perdu que le reste de la journée, que le reste de la semaine. Bref tout était comme d’habitude, alors même si je me retrouvais seul dans mon lit, je me sentis bien d’être autant fidèle à moi-même, d’être à ce point comme tout les jours, d’être comme toujours en situation d’échec.

 

Sylvain Barraux