Courrier — 22

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Le 10 novembre 2006 vers 20:20 dans Courrier

Friendly.
C’est vrai, j’écris plus trop de mail aux expatriés, mais bon…

De : D.
Envoyé : vendredi 10 novembre 2006 09:06
À : Sy!
Objet : Panégyrique de Sylvain B.

Salut Sylvain,
Désolé de ne pas pouvoir répondre à tous tes messages, ton dynamisme retrouvé dans l’usage de la correspondance est pour le moins inhabituel et m’a pris au dépourvu ! Je ne pourrai pas moi-même, faute de temps, m’étaler sur des lignes et des pages (et drôles en plus !). Tu pourrais tout à fait me le reprocher d’ailleurs et me rappeler que ce n’est qu’une question d’organisation : voilà bien le genre d’argument que je sers à X. à longueur de semaine et j’oublie égoïstement qu’il n’en est pas moins applicable à ma pauvre existence. Mais entre toutes tes activités, sans compter le « kravail », la vie sociale et autres tracasseries administratives, tu trouve encore de quoi « perruquer »du temps à la double aliénation travail/loisirs pour m’envoyer de facétieux compte-rendus des films à musique (ce festival remet définitivement Besançon sur la carte des villes cinéphiles) tout en parlant de tes trouvailles en musiques de films, qui augmentent autant ta collection que mon admiration. Je me dis que pour vivre à un tel rythme, tes journées doivent durer plus de 24h mais c’est peut-être là l’une des vertus de l’insomnie. Morphée s’est trop souvent refusée à toi et tu as bien raison de lui rendre enfin la réciproque !

Moi, vois-tu, j’essais de lutter contre cette tendance pseudo-naturelle qui pousse le kravailleur à retrouver sa force de travail et le consommateur à renouveller le chaîne de ses désirs : je me bats contre l’improductivité productive du sommeil. Peine perdue. Je succombe tous les jours que Dieu fait au mitan de la nuit. La pharmacopée devrait produire une solution adaptée et durable à mon problème.

Dans mes phases d’éveil, peu fréquentes, il m’arrive de croiser de vieilles connaissances : un australien, un marseillais. Avec l’un, on peut se rendre à l’avant-première de « Libero » de Kim Rossi Stuart en compagnie d’une blonde interprète parfaitement bilingue (avec même des notions de dialecte romain). Avec l’autre, on se dit « si on mangeait un poulet tandori », ça permettra de se mettre en jambes pour le concert de Mr. Lif (Def Jux records) au Bateau-Far. Bien piètres compensations, je l’avoue volontiers, à ton activisme multifacette, reflété par ces innombrables messages que tu m’envoies, qui m’accable autant qu’ils me stimulent ! Continue donc ! Ces indispensables aiguillons m’éloignent de ma vie quotidienne narcoleptique !

Bises
D.

De : sy!
Envoyé : vendredi 10 novembre 2006 19:46
À : D
Objet : RE: Panégyrique de Sylvain B.

Bonsoir,
Que répondre à votre message perfide et fallacieux ? à vrai dire dans un premier temps j’ai pensé ne pas user de mon temps qui est certes moins précieux que le votre pour répondre à ces attaques gratuites et faciles puis je me suis dit qu’il fallait une fois pour toute mettre les choses au clair et de plus l’émission passionnante pleine de suspense et de rebondissement d’Arthur (l’émission dite ‘des boites’) n’est pas encore commencée ce qui me laisse un peu de répit et qui me permet de vous répondre.

M’envoyer un pseudo message d’excuse afin de me faire prendre conscience de ma non communication quant aux événements qui jalonnent mon existence, je trouve ça un peu bas à vrai dire, voire même totalement minable mais assez digne de vous finalement. Tout comme je n’aurais pas de mot assez dur pour qualifier vos comptes rendu systématique de surconsommation culturel dont vous abusez sans doute pour combler un je ne sais quel manque affectif, vous ne produisez ces comptes rendu qu’afin de, au mieux me rendre jaloux, au pire, me rappeler que je ne fais rien de mes soirées et de mes journées et que quand même je déciderais de faire quelque chose, l’offre culturel de mon désert provincial ne me permettrait que de profiter de quelques blockbusters américains, de production mainstream ou de folklore régional comme regorge parait-il la France hors périphérique. Votre message n’a pour but que tenter de me faire culpabiliser en usant le dénigrement comme souvent vous aimez le faire. Que devrais-je dire ? « Holala ! Mon dieu ! Quel mauvais ami je suis ! En plus niveau culturel je suis limite tache ».

Je suis un mauvais ami, c’est un fait, demandez à mes anciens amis dont certains, il me semble, sont encore vos amis actuels, ils vous le confirmeront volontiers. Je ne donne jamais de nouvelles, n’accorde aucune attention aux vies des autres, n’ouvre pas ma porte et il m’arrive même de dire les pires horreurs à propos de ces gens qu’au fond je méprise. A l’instar de Groucho Marx « Je ne voudrais pas avoir pour ami, quelqu’un qui m’accepterait de m’avoir pour ami ». Cette phrase est évidemment à rapprocher d’une autre maxime que j’aimais à punaiser sur ma porte à l’époque où vous et vos amis aimaient partager quelques boissons alcoolisées sur mon canapé : « Une soirée avec les mauvaises personnes donne toujours une mauvaise soirée. ». Je suis, je le sais, l’égoïsme incarné et donc en égoïste qui se respecte je me contrefiche d’être égoïste et je pense que c’est aux autres de faire un effort afin de m’accepter tel que je suis. De plus je n’intéresse ni aux blondes, ni aux supporteurs de l’OM et encore moins au mangeur de kangourous. Et ce n’est pas en tentant de m’ouvrir l’appétit avec des ‘poulets tandori’ (je ne sais même pas ce que c’est) que cela risque de changer. J’aime la nourriture c’est un fait mais uniquement celle à base de farine : Pain, Pate & Pizza. Alors vos plats venus dont ne sait où et sans doute consommé dans un restaurant hors de prix mais tellement banché d’un de vos je ne sais combientième arrondissement provoque sur moi le même effet qu’une revue pornographique à un aveugle, cela me laisse non seulement froid mais aussi totalement de marbre.

Concernant le vide abyssale de ma vie culturel, auquel vous semblez accorder tellement d’importance, sachez, je m’excuse de ce mauvais jeu de mot, que je n’ai cure de la culture. Les films suédois sous titrés en tchèque m’ennuie profondément, je considère les DJ comme de simple pousse disque, le rap comme le degré zéro de la musique… Tout cela ne m’intéresse pas le moins du monde, pas plus que les expositions de pseudos artistes contemporains qui ont pour seul art de faire passer leur déjections productrices pour œuvre. Evidemment j’ai tenté à une époque de donner le change, d’essayer de comprendre, j’ai moi aussi été attiré par ce coté flamboyant et charmeur qu’ont les hommes cultivés dont vous faite parti. Mais je dois regarder la vérité en face : Lire m’endort dés la première ligne, je n’arrive même pas à prononcer le nom du journal de Serge Halimi, je confonds Gus Van Sant et Town van Zandt (dont d’ailleurs soit dit en passant les films sont irregardables), je ne sais pas Kim Rossi Stuart (à moins qu’il ne soit le fils de Tino Rossi & de James Stuart mais cela me semble peu probable) pas plus que je ne connais Mr. Lif, et à vrai dire je me fiche royalement non seulement de leur existence et encore plus de leur production.

Quand à l’alternance et la fréquence de mes phases d’éveil et de veille elle ne vous concerne pas le moins du monde. Pas plus que mes choix quant à mon parcours professionnel. Sachez que ce n’est pas uniquement par simple atavisme que j’évolue aujourd’hui dans le monde du salariat spécialisé mais avant tout par passion du travail manuel et par dévotion à ce système certes perfectible qu’est le capitalisme. De ce fait ayant la chance d’avoir un ‘métier-passion’ je ne vois pas pourquoi je chercherais dans des loisirs un épanouissement que je trouve chaque jour et qui à chaque instant se renouvelle. Ce culte des loisirs tout comme le culte de la culture n’est que la maladie d’un groupe de gens ayant perdu tout repère et tout sens commun favorisant les plaisirs vains et l’hédonisme à outrance. Je ne suis pas de ceux là. J’ai depuis fin 2004 renoncé aux loisirs et à la culture, je n’ai renoncé à cette acte barbare qu’on appelle ‘plaisir de la chair’ (mais franchement où est le plaisir) qu’un an plus tard préférant m’accordé un sursis afin d’être sur de mes choix. Ce ne fut pas des renoncements dans la douleur mais au contraire une vrai joie de retrouver ce que je fut jadis, un être sain préférant le confort d’une chambre douillette ou d’un lieu de travail bien ventilé à des endroits clos à l’air vicié suant par tout les murs le vice et la paresse.

Pour ce qui est de vos allégations quant à mon inactivé et mon immobilisme sachez que depuis septembre 2005 j’ai effectué plus de soixante milles kilomètres sur les routes de France, routes que vous désertez préférant les ambiances surchauffées et interlope du métro parisien. Je n’ai donc AUCUNE leçon à recevoir et encore moins de votre part.

Il va sans dire que j’étalerais cet échange sur la place semi-publique qu’est mon blog, car je suis relativement paresseux et je ne saurais rater la moindre occasion de ne pas avoir à trouver une nouvelle idée pour celui-ci et de me servir sans vergogne de votre verve légendaire dont la rumeur de la ville parle encore.

Je vous laisse sans regret avant que le candidat du jour n’ouvre la boite à un million d’euros.
sy!


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