Something Completely Different – 29

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Le 04 août 2006 vers 21:22 dans Something Completely Different

Nostalgie.
Il est vrai qu’il y a des nostalgies. Je suis un homme qui se réjouit profondément de revoir New York. Mais la douceur du village m’émeut. Je porte en moi le sentiment de paradis perdus. Le monde, tel qu’il se dessine, m’est un environnement à la fois plus dense et moins chaud. Je vis parmi des mécaniques et des abstractions. Dans l’univers des technocrates et des scientistes livrés à eux-mêmes, je sais bien que le Tout de l’homme n’est pas à l’aise. Nos sources instinctives risquent de geler, notre goüt du rituel de s’éteindre, notre besoin de communion de s’affadir, nos facultés émotionnelles de dégénérer. Or, cela aussi, c’est l’homme. Ce n’est pas seulement le vieil homme. C’est dans le bagage de l’homme futur. Je ne m’en convaincrai jamais assez. Mais la nostalgie, qui est un des sentiments vifs de notre temps, ne doit pas me conduire au regret du passé, elle doit m’inviter au réveil et à la construction de l’avenir. Je dois travailler à un monde où le technocrate et le scientiste ne sont justement pas livrés à eux-mêmes. Je dois travailler à faire, avec la modernité technique et scientifique, un monde dans lequel s’intègrent et s’épanouissent ces éléments apparemment menacés du Tout de l’homme. Mais ce monde étant dans un autre état, sans doute faut-il que ces éléments, pour s’y intégrer, soient portés à un autre degré. Je ne les porterai à un autre degré qu’en élevant le niveau d’information sur le réel présent et le niveau de réflexion sur la direction générale. « Les choses basses, dit Platon, se retrouvent dans les choses hautes, mais dans un autre état.» De même, la nature de l’homme ancien doit se retrouver dans la nature de l’homme futur, mais dans un autre état.
Hors d’une telle conception positive de la nostalgie, les vers de Gœthe sonnent le glas de l’intelligence et de la volonté:

Quand nous parvenons au bien de ce monde
Le meilleur nous parait erreur et folie

Louis Pauwels
Planete #27 – Mars/Avril 1966


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